Grenoble Ecole de Management
Accueil du site > Contenu pédagogique > Décroissance économique pour l’écologie, l’équité et le bien-vivre par François (...)

Décroissance économique pour l’écologie, l’équité et le bien-vivre par François SCHNEIDER

Introduction

Chercheur en écologie, François Schneider, a travaillé dans différents instituts d’environnement en France, Pays-Bas, Autriche, Estonie et Portugal. Il est détenteur d’une thèse de doctorat sur les écobilans des produits recyclés et a travaillé et écrit des articles scientifiques sur de nombreux sujets tels que le traitement des déchets, les transports, l’effet rebond, les extracteurs que sont bulldozers et explosifs, les flux de carbone, la consommation d’eau et de matériaux. François Schneider privilégie une approche préventive aux problèmes écologiques basée sur l’importance de réduire l’extraction de matière première tout en tenant compte des impacts indirects de nos consommations dans d’autres sphères. D’autres informations sur son parcours et ses idées sont disponibles sur le lien suivant :http://www.decroissance.org/francois/ Il est venu dispenser, les 19 et 26 février 2011, un cours sur la décroissance aux étudiants de Grenoble Ecole de Management, sensibles aux problématiques de développement durable et aux méthodes de management plus douces et moins portées sur la productivité et l’efficacité. Monsieur Schneider avait pour but durant son intervention, de montrer un constat assez effroyable de l’économie en insistant sur le fait que les méthodes de production et de consommation des pays du Nord, sous-entendus les pays riches et développés, sont insoutenables pour l’avenir. Il n’a jamais réussi à se faire à l’idée que la solution aux problèmes écologiques et sociaux de la planète devait passer par encore plus de croissance économique dans les zones favorisées du globe. François Schneider a notamment contribué au développement du concept de « décroissance soutenable », notamment par la dénonciation de « l’effet rebond » par lequel les gains que les progrès technologiques peuvent théoriquement nous apporter se trouvent anéantis par une croissance de la consommation. C’est ce que nous tenterons d’expliquer dans une première partie. Puis, nous aborderons dans une deuxième partie la thèse de la décroissance, pour laquelle il est actif depuis les années 2000, et les différentes solutions qu’une non-croissance pourrait apporter aujourd’hui dans le monde de l’entreprise, qui vont dans le sens d’une amélioration du bien-être des employés.

Première partie : Les limites du modèle économique des pays du Nord

Concept d’éco-efficacité

Le terme d’éco-efficacité, c’est-à-dire, d’efficacité technologique prend sens dans le modèle capitaliste qui nie la rareté des ressources. Il sous-entend que l’intelligence humaine pourra toujours, par l’innovation technique, compenser la diminution d’une ressource donnée. Les trois premiers penseurs du courant politique en faveur de la décroissance, Ivan Illich, André Gorz, et Georgescu Roegen, ont multiplié les ouvrages dans les années 70 et 80 pour contester notamment cette dernière assertion et appeler de leurs voeux une civilisation qui se développerait plus sur la connaissance et la relation à l’autre que sur l’individualisme consumériste. Le modèle capitaliste oeuvre pour le développement de l’économie en tandem avec le principe de l’éco-efficacité. Ce dernier nous promet un gain de temps, et de ce fait généralement une efficacité économique et en terme de dimensions (meilleur pour la santé, plus écologique, plus rapide, plus social, sans danger…). Et pourtant, ce modèle économique ne semble pas nous rendre plus heureux : alors que le PIB a augmenté de 60% depuis les années 1970, nous ne sommes pas plus satisfaits aujourd’hui de notre mode de vie. Ce constat est interpellant. Effectivement, on se rend compte que nous ne travaillons pas moins qu’avant, au contraire, on passe plus de temps au travail, alors que des innovations technologiques nous ont nettement simplifiés les tâches. Le travail aujourd’hui n’est plus physiquement difficile, mais le stress et la pression qui l’accompagnent, fatiguent bien plus mentalement les employés. Autre effet négatif : les cancers sont de plus en plus nombreux alors que nous dépensons beaucoup d’argent en recherche médical et nous disposons aujourd’hui de beaucoup plus d’études sur les bienfaits ou méfaits des aliments, des médicaments, des différents rythmes de vie… On peut dire que la société de consommation nous pousse à toujours acheter plus, à désirer toujours plus, au détriment de notre bien-être. Effectivement, le fait d’acheter à n’en plus finir, provoque en nous un désir inachevé. Cette raison semble expliquer notre mécontentement général et notre envie de toujours produire plus, de voyager toujours plus loin, de consommer toujours plus et de manger des produits à l’autre bout du monde. A force, nous ne nous satisfaisons plus des merveilles que nous avons dans notre patrimoine, à côté de chez nous. Ceci introduit le concept de « l’effet rebond », théorisé par William Stanley JEVONS en 1865. Alors que nous investissons de l’argent dans l’innovation de technologies qui permettent de réduire les quantités de matières premières engrangées par le besoin de production, nous développons d’un autre côté la production de produits ou d’énergie. Il semble que nos recherches poussent à la surproduction et la surconsommation, alors que le but premier de ces innovations est de faire des économies.

L’effet rebond, théorisé par William Stanley JEVONS

La mise en place de nouvelles innovations dans le circuit économique permet de faire des économies et des gains d’efficacité. Seulement, au lieu de se contenter de cette amélioration de vie, le modèle économique du capitalisme pousse à désirer encore plus. Prenons par exemple, les innovations dans l’industrie automobile. Les dernières en date ont permis de rouler en voiture, en consommant bien moins d’essence, et en polluant moins l’air atmosphérique. Le problème est que nous ne sommes pas restés à notre niveau de consommation précédent. Comme les distances kilométriques coûtent de moins en moins chères, nous sommes tentés de voyager plus loin et de nous déplacer plus qu’avant en voiture. C’est ce que l’on appelle « l’effet rebond » de ces innovations, autrement appelé « le paradoxe de JEVONS ». Dans notre modèle économique actuel, celles-ci demeurent au service de l’efficacité productive et de la baisse des coûts afin de pouvoir plus consommer. Prenons un autre exemple : L’efficacité énergétique a-t-elle réduit la consommation de charbon ? En 1760 : Nous avions besoin de 52 morceaux de charbon de bois pour produire 1 kwh d’électricité. En 1910 : Grâce à la découverte de la machine à vapeur, nous pouvions produire la même quantité d’énergie, à savoir 1 kwh, avec 1 seul morceau de charbon de bois. Ainsi, cette innovation permettait de produire 52 kwh avec la quantité de 52 morceaux de charbon de bois ! Mais seulement, au lieu d’en rester au stade de faire des économies, les producteurs d’énergie ont cherché à produire plus et nous sommes devenus de plus en plus dépendants à cette consommation d’énergie. Ainsi, entre 1760 et 1910, la consommation de charbon a été multipliée par 2000 ! La capacité de production disponible permet alors d’accroître à nouveau la production et en même temps la consommation. Du point de vue de François Schneider, deux raisons seraient à l’origine de l’effet rebond.
- D’une part, le type d’innovation découverte qui va favoriser ou non l’effet rebond. S’il s’agit de quantités nécessaires pour la production, on sera tenté de produire davantage. S’il s’agit de la baisse des coûts d’un élément indispensable à faire tourner une machine, on sera tenté de la faire marcher plus longtemps. Toujours désireux d’aller plus loin, on ne se satisfait pas de notre gain de temps, d’énergie…
- D’autre part, les politiques de croissance et de développement des capacités productives et de consommation liés au modèle économique du capitalisme et de la globalisation. Dans notre société actuelle, « le gagnant » est celui qui va produire le plus avec moins de ressources que ses concurrents et qui de ce fait pourra offrir un prix plus faible aux consommateurs, qui sera à son tour séduit de consommer plus en dépensant le même argent, au lieu de chercher à consommer comme avant et à faire des économies financières. De ce fait, une grande partie des hommes adhèrent à cette philosophie et cherche à s’imposer au monde en se focalisant sur un seul objectif : les parts de marché des entreprises.

Les innovations « rebond »

Considérées comme innovations technologiques, on peut parler d’un certain nombre de dimensions : l’efficacité technologique, expliquée précédemment, la productivité au travail, l’optimisation des infrastructures… Contestant le développement économique actuel, François Schneider affirme qu’il va de pair avec un échec des politiques sociales, écologiques hors période de crise s’il fonctionne, et s’il ne fonctionne pas, il provoque une paralysie sociale et un chamboulement de toutes les dimensions du circuit économique. Les principaux axes et dimensions sur lesquelles nous devrions nous focaliser afin de vraiment repenser notre bonheur, notre façon de travailler et notre mode de vie sont : • La dimension monétaire : beaucoup de ressources deviennent chères du fait qu’on en utilise moins • La productivité horaire : La productivité horaire s’est accrue d’un facteur 30 à 50 au cours du siècle dernier. Le temps de travail ne s’est pas réduit autant à cause de la croissance de la production et de la consommation. En période de crise, elle s’accompagne d’une forte augmentation du taux de chômage. • La dimension infrastructure : l’efficacité croissante des infrastructures de transport, énergétiques ou de production ne réduit pas les flux. • La dimension « accès aux ressources naturelles » • La dimension « égalité » : l’augmentation du bien-être matériel ne réduit pas les besoins de consommer car il y a toujours un groupe de référence plus riche à imiter. Face aux déséquilibres et aux excès du système mondial actuel, de nouvelles alternatives sont envisagées pour créer un monde plus soutenable, plus égalitaire et qui permet de trouver plus de bien-être. La décroissance constitue une des alternatives possibles pour une nouvelle optique de durabilité, une décision collective démocratique qui passe par la diminution de la production et de la consommation dans les zones favorisées, une vision nouvelle qui ferait sortir de l’imaginaire de la croissance omniprésente, un nouveau mode de fonctionnement économique et social pour l’écologie, la justice et le bien vivre.

Deuxième partie : Le défi de la décroissance, ses moyens et champs d’application

Qu’est-ce que la décroissance ?

L’existence de crises met en évidence bien le déséquilibre existant, certaines dimensions de la société montrent leurs limites lors de tels évènements, le manque de cohérence entre ces dimensions est particulièrement problématique. L’existence d’un équilibre pourrait permettre d’espérer vivre l’innovation technologique de manière équitable et convenable, sans subir de nouvelles crises qui amplifient chaque fois l’exclusion de certains. Le tandem entre efficacité technologique et croissance économique qui régit la société actuelle devrait donc être remplacé si l’on suit une logique de décroissance, avec bien évidemment l’arrêt de l’optique de croissance et d’autre part d’autres types d’efficacités, des innovations ayant pour objectif la limitation de la consommation et la soutenabilité des modes de vie, parfois appelées innovations frugales (exemples : voyages locaux et lents, énergie renouvelable, produits biologiques, cohabitation…). Il faut savoir que la décroissance concerne divers aspects de la société, qu’il y a différentes raisons profondes pour avoir recours à ce système : la bioéconomie, l’écologie, la diversité des cultures, le sens de la vie, la démocratie et l’équité. Par la suite, c’est au travers de ces champs de visions que nous envisagerons les actions à mettre en place dans plusieurs secteurs économiques évoqués lors de la récente Conférence sur la Décroissance de Barcelone. La décroissance dans la bioéconomie concerne une réduction de l’exploitation des ressources naturelles, une adaptation logique de la production et de la consommation face à la diminution des ressources. « La nature n’est pas substituable par l’argent, par l’économie, par ce qui est produit par l’humain », il faut donc changer la logique de surexploitation car les nouvelles découvertes de ressources naturelles n’assureront pas le niveau de consommation future si le rythme actuel continue. La décroissance dans l’écologie s’attache au respect des écosystèmes et du vivant et à la remise en cause de la société industrielle La décroissance dans la diversité culturelle a pour but de se dégager des relations de marché pour promouvoir au maximum les relations humaines et la convivialité, cela afin de revenir à des valeurs plus humaines, s’attacher à la valeur de la personne plutôt qu’à des relations utilitaristes. La décroissance par rapport au bien-vivre se développe dans une optique de redonner sens à nos vies, de recréer une cohérence entre nos actes et notre mode de vie. Il s’agit donc de ne pas occuper des rôles sociaux contradictoires, de trouver une certaine logique dans notre relation au monde. La décroissance s’immisce dans la démocratie en recherche de son approfondissement, notamment en essayant de créer plus de participation citoyenne dans l’élaboration des institutions et en mettant en place des politiques de raison. La thèse d’Illich (« au-delà d’un certain seuil multidimensionnel, qui est déjà largement franchi, l’hypothèse que la capacité créatrice augmente avec la capacité créatrice, pour produire et consommer, ne tient plus. ») fait partie de cette optique, qui exprime les excès de l’amélioration des caractéristiques de la société, avec par exemple une approche d’optimisation du temps qui permet des moyens de transport plus rapides mais dont la contrepartie est l’allongement des distances de voyages et l’augmentation de la fréquentation, et ainsi au final la création d’un trafic dense qui fait perdre du temps. Une telle réflexion montre alors que les décisions de la démocratie doivent se baser sur la capabilité sociale et non sur une capacité à produire et à consommer, qui n’est pas optimale et même parfois néfaste. La décroissance est une composante de la recherche d’équité car elle veut éviter les inégalités qui créent de la frustration et ensuite un cercle vicieux de recherche de statut social par la propriété matérielle. Les décroissants se basent notamment sur des chiffres d’écarts flagrants de consommation tel que le fait que 20% de l’humanité que représentent les pays industrialisés contribuent à 86% des dépenses mondiales et possèdent 87% de l’ensemble des voitures pour mettre en évidence le manque d’équité dans le système mondial de croissance actuel. Suite à ces divers impacts de la décroissance, il est nécessaire de comprendre les différentes stratégies possibles pour mettre en place une telle politique de décroissance dont les priorités et champs d’attaque se distinguent. En premier lieu l’anti-croissance adopte une démarche d’opposition à certains domaines de technologie, un refus de certaines évolutions de la société ; l’alter-croissance cherche à développer des alternatives au système actuel, à exploiter pleinement les technologies mais dans une optique d’amélioration de la société, tel que dans la création d’innovations frugales ; l’acroissance est dans une démarche théorique, une vulgarisation des principes de la décroissance ; la dé-croissance cherche à modifier directement certaines institutions ; puis enfin la non-croissance conserve certaines institutions et se place dans une politique de changements simplifiés. Mais ces différentes stratégies peuvent converger et être complémentaires dans le processus de mise en place de la décroissance, chacune de ses stratégies peut constituer une étape logique de l’application de cette politique.

Conférence sur la Décroissance de Barcelone et travaux de groupe : des propositions concrètes

500 personnes se sont regroupées du 26 au 29 mars 2011 à Barcelone lors de la deuxième Conférence sur la décroissance afin de se rencontrer et de réfléchir collectivement sur divers thèmes économiques et sociaux d’application de la décroissance. Il s’agissait alors d’élaborer des propositions concrètes hors de toute théorisation afin que le discours et les actions de la décroissance soient en adéquation. Dans le cadre de notre cours de Slow Management, nous, étudiants, avons suivi les méthodes et pistes de travails qui sont ressortis de cette conférence pour mettre en place notre propre réflexion et envisager en groupes de 4 des solutions de décroissance dans divers domaines : la publicité, le partage du travail et les entreprises sociales. Un quatrième thème sur le système monétaire et les institutions financières nous a été donné en exemple pour comprendre un autre aspect du travail de cette conférence. Ainsi les propositions de Barcelone sur ce dernier thème de la monnaie et des finances furent la limitation des taux d’intérêt et la création de monnaie, la disparition progressive de marchés financiers, la facilitation des monnaies locales, l’élimination de l’argent « virtuel » ou encore l’établissement de banques coopératives gérées par les citoyens et les municipalités. On voit ici de profondes volontés de réforme et l’émergence de solutions nombreuses.

Publicité

Les travaux de la conférence qui sont ressortis en ce qui concerne la publicité ont mis en avant la nécessité de limiter les publicités dans l’espace public, tel qu’il a pu être fait à Sao Paulo (interdiction des publicités extérieures et réduction de la taille des enseignes), de réguler les publicités affectant les personnes vulnérables ou incitant à de mauvaises consommations (forts rejets de CO2 par exemple), de changer la perception de la publicité par les individus, de mettre en place des actions directes contre certaines publicités ou de financer des médias libres sans publicité. Face à ces propositions et afin d’élaborer les nôtres, nous avons décidé de tout remettre à plat en partant du premier excès marquant de la publicité, son omniprésence. Nos idées furent donc les suivantes : réguler la publicité papier qui envahit nos boîtes aux lettres malgré son efficacité publicitaire moindre, mettre en place une éducation aux médias et à la consommation à l’école pour développer l’esprit critique et prévenir les dangers moraux, créer une autorité de régulation de la publicité rattachée au CSA pour limiter le temps de publicité (radio, télé) et épargner les catégories de population vulnérables et limiter les panneaux publicitaires dans les villes. Suite à la présentation de ces propositions, les autres groupes de travail nous ont soumis leurs suggestions et réflexions lors de l’assemblée, il semble ressortir généralement que la publicité est difficilement maitrisable étant donné les moyens de financement énormes qu’elle permet mais également qu’il faut surtout envisager des solutions par rapport aux problèmes moraux qu’engendrent la publicité. Matraquage, abrutissement, messages malsains, tous les champs d’application de la décroissance semble pouvoir être appliqués dans la publicité.

Partage du travail

Les réflexions qu’a générées la conférence en ce qui concerne le partage du travail s’attachent à la limitation des heures de travail, dont le nombre idéal doit être débattu démocratiquement, à la taxation réadaptée et plus équitable des salaires, la diminution des écarts de salaires, des plafonds bas et haut des salaires, la proposition de contribution au travail non salarié et l’amélioration de la prise en considération du travail non salarié et volontaire. Sachant cela, le résultat du groupe de travail lors du cours a été les propositions suivantes : l’aménagement des horaires de travail sur une base de volume horaire hebdomadaire donné (réduit), à répartir dans la semaine en fonction du rythme de chacun afin de créer des emplois pour assurer la continuité du fonctionnement de l’entreprise, tout en considérant le risque qu’il y ait une nécessité d’entente entre les salariés pour garder une activité continue, la réduction du volume horaire hebdomadaire même si elle pose des difficultés dans certains secteurs tels que l’agriculture, la volonté de diminuer les écarts de salaires et de rémunérer les salariés en fonction de leurs compétences, en essayant de différencier de manière optimale compétences et niveau d’études. L’assemblée a permis de voir qu’il semble important de laisser plus de liberté aux salariés dans ses choix d’horaires et de conditions de travail tout en mettant en évidence la difficulté de flexibiliser et de réduire les horaires de travail dans de nombreux cas, puis certains ont souligné l’exagération de la volonté d’égaliser les salaires.

Entreprise sociale

Enfin le thème de l’entreprise sociale a suscité de nombreuses propositions à Barcelone avec l’expression de la nécessité d’intégrer les populations marginales, de favoriser la cohésion sociale par la réduction des inégalités au sein de l’entreprise, de développer l’autonomie des employés, de limiter la production aux besoins de la population, de privilégier la prise de décision aux seules personnes qui sont dans l’entreprise et non pour l’actionnariat par exemple, de ne pas refuser le profit mais de le reverser plus généralement aux salariés, de privilégier l’économie locale et les petites entreprises ou enfin de limiter la spéculation et de changer la perception des entreprises uniquement tels que des fonds d’investissement. Le groupe de travail a donc décidé de partir de l’idée qu’il ne fallait pas imaginer le développement du profit mais l’amélioration du bien-être et les réponses à l’intérêt général ; à partir de là le bien-être social, l’efficience économique, le respect de l’environnement et le management intelligent ont été les quatre thèmes de réflexion. Les idées pour le bien-être social sont de permettre un épanouissement dans le travail afin de répondre au malaise individuel et collectif, de favoriser au maximum l’intégration et l’égalité et de limiter la dépendance par rapport aux pouvoirs publics et aux grands groupes. Pour l’efficience économique il s’agit de limiter la production aux besoins de chacun, de remettre les décisions aux personnes impliquées dans le processus de création, de distribuer les profits aux extérieurs de manière limitée et d’impliquer des oeuvres sociales dans ces richesses et enfin de ne pas baser le pouvoir de décision sur la détention de capital. Pour l’environnement il s’agit d’éviter les externalités négatives des entreprises, de développer l’économie de proximité en relocalisant la chaîne de valeur et en réduisant les distances de transport, puis de s’impliquer dans les normes et régulations écologiques. Enfin pour le management il s’agit de créer du management participatif pleinement à l’écoute, de limiter le temps de travail et de maximiser la communication entre les différents membres de l’entreprise. L’assemblée a une fois de plus montré les difficultés qui semblent se dessiner quant aux différents aspects de création de flexibilité dans l’entreprise étant donnés les enjeux financiers énormes qui bloquent souvent les changements, mais la plupart sont d’accord pour dire que les quatre dimensions abordées sont primordiales pour repenser l’entreprise dans une optique de décroissance.

Conclusion

Face aux excès et aux incohérences du système économique et social actuel, des changements sont désirés par beaucoup et l’optique de décroissance constitue l’un des prismes de réflexion important de cette période de crise mondiale. Par l’observation des méthodes de travail et de l’émergence des idées, nous pouvons voir que la décroissance s’appuie pleinement sur un processus de réflexion démocratique ; de conférences opposant spécialistes et amateurs afin d’aborder l’ensemble des thèmes économiques et sociaux importants à des groupes de travail étudiant, chacun est invité à apporter ses idées pour ce mode alternatif de société. Modèle excessif et dangereux pour certains, utopie pour d’autres et solution idéale pour quelques uns, l’idée de décroissance ne cesse de faire débat et s’immisce dans de nombreuses remises en cause de la société. Mais au-delà de son intitulé provocateur, il s’agit d’une vision de la société qui, même si elle ne met pas tout le monde d’accord dans tous ses thèmes, permet des réflexions intéressantes et l’émergence de certaines propositions politiquement neutres qui semblent évidentes pour plus d’écologie, d’équité et de bien-vivre.

Réalisation : Grenoble Ecole de Management et Modus Operandi avec le soutien de la région Rhône-Alpes
Région Rhône-Alpes